Recherche translationnelle

La recherche en oncologie implique de nombreux spécialistes : les chercheurs fondamentaux, dont le but est de comprendre et les médecins cliniciens qui testent de nouveaux traitements à l’aide d’études cliniques rigoureuses. Lorsqu’en 2009, la prestigieuse revue Science crée un nouveau journal, Science Translational Medicine, les éditeurs soulignent alors la nécessité d’une remise en question profonde dans le domaine de la recherche médicale. Ils relèvent que malgré des progrès considérables de nos connaissances de la biologie humaine et les avancées spectaculaires dans le domaine de la biotechnologie, les retombées en termes d’amélioration de la santé restent modestes. Ce paradoxe souligne la difficulté à passer de la recherche fondamentale à la recherche clinique. C’est pour faire ce lien que s’est développé le concept de recherche translationnelle.

Près de dix ans d'expertise

Dès 2008, deux projets de recherche translationnelle développés par notre service ont été sélectionnés par le Plan Cancer pour l’un et par la Fondation contre le Cancer pour l’autre. Un de ces projets visait à mieux comprendre les interactions entre le cancer du sein et le système immunitaire. Une étude prospective, menée par notre institution et les Cliniques Universitaires Saint-Luc (CUSL), a permis de récolter des échantillons de tumeur et de sang chez plus de 200 patientes pendant 6 ans et de suivre en parallèle leur devenir. Suite à l’analyse de ces précieux échantillons, nous avons constaté que des cellules lymphocytaires de type T infiltrent certaines de ces tumeurs. On sait depuis de nombreuses années que les lymphocytes T cytolytiques qui ont été stimulés par un contact antigénique vont proliférer et générer une population clonale. En 2011, nous avons formulé l’hypothèse que si les lymphocytes T qui infiltrent certaines tumeurs mammaires reconnaissent des antigènes présents à la surface des cellules cancéreuses, on devrait observer des populations lymphocytaire T clonales concentrées dans l’environnement tumoral. A ce stade du projet, il était difficile de disposer d’une méthode pour identifier les différents clones lymphocytaires T qui infiltrent les tumeurs mammaires.

Une alliance avec l'IPG

Aidés par le Plan Cancer, nous avons créé en 2012 un laboratoire de recherche translationnelle au sein de l’IPG (Institut de Pathologie et de Génétique) à Gosselies. Notre équipe de chercheurs interagit donc directement avec l’Institut, expert dans les applications cliniques en biologie moléculaire et anatomopathologie. Cette synergie est une parfaite illustration du concept de la recherche translationnelle. Cette collaboration nous a permis de mettre au point une nouvelle approche pour identifier les clones lymphocytaires T qui infiltrent une tumeur. Celle-ci consiste à séquencer des gènes qui codent le récepteur permettant au lymphocyte T de reconnaitre un antigène de manière extrêmement spécifique. Ce récepteur TCR est différent pour chaque clone lymphocytaire T et constitue en quelque sorte son “empreinte digitale” unique. Le séquençage précis des récepteurs TCR est très complexe et peu de laboratoires dans le monde maîtrisent la technique. Grâce à l’IPG, nous avons eu recours aux dernières méthodes de séquençage de l’ADN à haut débit permettant de séquencer des millions de bases en quelques heures et permettant ainsi d’avoir une vue globale de tous les clones lymphocytaires T présents dans un échantillon de tumeur. Nous avons ainsi pu constater que certaines tumeurs du sein sont non seulement infiltrées par des lymphocytes T, mais également que ces lymphocytes sont en partie constitués par des clones fortement amplifiés. Ceci est un argument très fort en faveur de l’existence de réponse lymphocytaire T contre la tumeur survenant spontanément chez certaines patientes.