CAR-T Cells en Hématologie et Oncologie

Le service d’onco-hématologie a développé un nouvel axe de traitement des cancers. Il consiste à modifier génétiquement des cellules du système immunitaire, nos lymphocytes T, en vue de les rendre capables d’attaquer et de détruire des métastases dans certains cas avancés de tumeurs colorectales.

Généralités

Ce nouveau projet de recherche est mené conjointement par le service d’oncologie, la pharmacie, la banque de cellules souches hématopoïétiques et la société Celyad qui a développé la technologie et qui est le sponsor de l’essai clinique. Le personnel de l’unité d’hospitalisation d’hématologie sera chargé de la collecte et de la réinfusion du matériel cellulaire qui sera conditionné par la firme, ainsi que du suivi médical des patients. Le personnel de la banque de cellules souches sera chargé des opérations de reconstitution du matériel cellulaire avant réinfusion en collaboration avec l’équipe de l’unité de reconstitution des chimiothérapies du service de pharmacie du site Notre Dame. Les assistants de recherche clinique seront chargés du suivi du protocole d’essai. Le tout dans le respect du programme d’assurance qualité du service.

En quoi consiste ce projet ?

Notre système immunitaire a deux fonctions essentielles : nous protéger des infections car il peut identifier et détruire tout organisme étranger, mais aussi nous identifier comme un individu unique au sein d’une communauté d’organismes bio- logiques. C’est la reconnaissance du "soi" et du "non soi". Ces fonctions s’exercent par comparaison de notre carte d’identité cellulaire avec celles des autres organismes. Les lymphocytes T sont des sentinelles postées à des endroits stratégiques de notre corps. Ils interrogent toutes les cellules qu’ils rencontrent et peuvent les accepter (elles appartiennent au "soi") ou au contraire les détruire si elles sont jugées dangereuses (elles sont "non soi"). Ils sont aussi capables de reconnaitre nos cellules si elles sont infectées ou modifiées par un organisme pathogène comme un virus. Ils peuvent aussi détecter des modifications de notre carte d’identité.

Si nous sommes porteurs d’un cancer, nous exprimons des marqueurs spécifiques de la maladie. Si ces marqueurs sont absents ou exprimés différemment par les cellules normales, c’est un moyen très efficace et très spécifique de les mettre en évidence. Cette modification n’est pas toujours bien perçue par notre système de surveillance et dès lors nos lymphocytes T sont incapables de jouer leur rôle. C’est une des raisons pour laquelle la tumeur peut croitre et la maladie s’installer durablement, et même envahir d’autres organes. En modi- fiant génétiquement certains de nos lymphocytes T, il est possible de restaurer cette capacité d’identifier une cellule cancéreuse et donc de pouvoir la détruire. Nous donnons la bonne clé pour ouvrir la serrure.

Ces cellules modifiées sont connues sous le nom de "Chimeric Antigen Re- ceptors T cells (CAR-T cells)". En pratique, cette nouvelle thérapie consiste à prélever des lymphocytes T chez le patient cancéreux, les modifier génétiquement pour les rendre capables d’identifier la tumeur et ensuite les réinjecter au patient par voie intraveineuse. Ils pourront alors détruire les cellules cancéreuses où qu’elles se trouvent dans l’organisme. Elle a déjà été testée avec succès dans certaines tumeurs solides ou leucémies aiguës de très mauvais pronostic, avec des taux de rémission spectaculaires, même avec des tumeurs réfractaires aux autres lignes conventionnelles de traitement. Il s’agit donc d’un nouvel espoir de traitement efficace pour nos patients et une voie de recherche avancée dans le domaine, avec un haut potentiel de développement dans les années à venir.

Nous pouvons aisément comprendre que si la recherche médicale parvient à comprendre et maîtriser ces mécanismes complexes, nous aurons la possibilité d’influencer la reconnaissance du "soi" et du "non soi". D’une manière générale, c’est tout l’enjeu de la tolérance ou du rejet des greffes d’organes et de tissus (il faut obliger le système à accepter un organisme étranger), du traitement des maladies auto-immunes (le système est défaillant, il reconnaît une cellule "du soi" comme étrangère) et de la vaccination (il faut induire une protection qui n’existe pas ou en restaurer une).

Pour répondre à ce projet, le Comité de Direction a mandaté un Comité de biosécurité. La législation relative à l’utilisation d’organismes génétiquement modifiés (O.G.M), prévoit la création d’une structure consultative, chargée de superviser la mise en œuvre de ces nouvelles technologies au sein de l’entreprise. C’est le rôle du Comité de Biosécurité. Il a pour missions : d’encadrer les projets impliquant les O.G.M, de superviser la constitution des déclarations et des demandes de permis d’exploitation, de déterminer la compatibilité entre différents projets d’utilisation confinée, d’imposer aux utilisateurs le respect de règles, d’une manière générale de veiller à la biosécurité au sein de l’entreprise.

CAR-T Cells en Hématologie et Oncologie